L’institut Montpensier: une vision, un projet, une histoire

L’Institut Montpensier fut créé le 17 mai 1988 simultanément à Naples (Italie) et à Saint Louis (Sénégal) sous la dénomination d’un groupement de recherche euro-africain (ENESIS : Etudes Nationales pour l’enseignement interdisciplinaire/ Groupement de recherche Saint Louis (Dakar) / Pierre d’Alcantara).

Sous la présidence de Monsieur Jérôme Sultana entre 1988 et 1989, de  Monsieur Carlo Raimondo Montecuccoli entre 1989 et 1998 et de Monsieur Philippe Einaudi entre 1998 et 2002, ce groupement de recherche se développa à l’occasion de la relance du processus de coopération euro-méditerranéenne et de Barcelone I et II (1995-1999).

Institut au départ d’enseignement supérieur, c’est à partir du plan de développement initié lors de la célébration de ses 20 ans en 2008/2009 que sous la présidence de Monsieur Nasser Gabryel entre 2002 et 2012 puis de Monsieur Ahmed Zekki entre 2012 et 2019 et enfin de Monsieur Jean-Louis Fabiani, entre 2019 et 2021 que l’Institut oriente sa stratégie de développement vers le domaine de la recherche en sciences humaines et sociales.

Après la période des fondations de l’Institut et de sa progressive structuration, l’Institut doit à nouveau déployer une nouvelle organisation pour affirmer davantage sa présence dans le domaine scientifique. Sous la nouvelle présidence de Jacques Bouineau à partir de janvier 2021 avec une équipe renouvelée, l’Institut aura à cœur d’accroître les partenariats avec les universités et centres de recherche dans le monde.

Dans sa nouvelle définition, l’Institut aura pour vocation de favoriser la recherche inter-universitaire qui trouve difficilement sa place dans le fonctionnement ordinaire des institutions.

Ce rôle d’éclaireur est fondamental, de même que celui, particulièrement important en un moment de crispations identitaires ou nationales, de facilitateur d’interactions entre chercheurs, membres de la société civile et ONG.

Dans le cadre de la coopération euro-méditerranéenne, l’Institut prévoit d’engager des partenariats avec des organismes de recherche et d’enseignement afin de renforcer la coopération internationale dans les domaines des savoirs, de la recherche et de la formation.

Il s’agit de donner une réponse transversale et internationale à la précarité des jeunes chercheurs dans de nombreuses disciplines, à la raréfaction des crédits publics affectés à la recherche et aux besoins d’interactions fructueuses notamment par la coopération entre les deux rives de la Méditerranée. Cette démarche vise à participer de manière active à un dialogue scientifique Nord-Sud. L’échange et la coopération sont les meilleurs alliés pour encourager, favoriser, soutenir la société civile dans un domaine encore très dépendant des idéologies politico-religieuses et des nationalismes de la pensée.

Autant de causes de conflits qui dépassent le monde du savoir et concourent à la fabrication des maux et des malheurs de notre monde contemporain.

L’Institut Montpensier œuvre à créer un réseau scientifique et interuniversitaire pour la circulation des savoirs, la confrontation des théories et surtout l’éclosion de projets internationaux de recherches avec comme finalité d’être une des plateformes  universitaire de coopération scientifique dans l’ espace euro-méditerranéen.

En lien avec nos partenaires français :

  • Centre d’Études Internationales sur la Romanité,
  • Association Méditerranées. 

Nos partenaires marocains :

  • Université Mohammed V de Rabat,
  • Université Cadi Ayyad de Marrakech,
  • Université d’El Jadida,
  • Université d’Agadir. 

L’Institut Montpensier tire son nom de François de Bourbon, duc de Montpensier, prince souverain de Dombes et dauphin d’Auvergne (1542-1592), grand serviteur de l’État qui voulait faire passer la préservation de la paix civile et de l’unité de du royaume avant les questions religieuses et les antagonismes idéologiques. Brantôme disait de lui : « C’est un très bon et gracieux prince, vraye semblance de ce bon roy Saint Louys, autant en bonté qu’en valeur ».

L'Université méditerranéenne de la francophonie

La Méditerranée a la particularité de se lier à trois continents l’Afrique, l’Asie et l’Europe. Ces trois continents dans cet espace de confluence partagent des patrimoines historiques et culturels communs. Nous sommes dans une relation singulière entre mémoire, histoire et cultures : dans un espace civilisationnel marqué par les brûlures de l’Histoire et le souffle des épopées de Homère en passant par Alexandre, François d’Assise, ou Saint Louis. Terre des héros et des tragédies qui engagent l’Homme qui peuple ces rives dans l’Histoire car comme le souligne Braudel « « Un présent sans passé n’a pas d’avenir ». Le même historien écrit que « La Méditerranée, au-delà de ses divisions politiques actuelles, c’est trois communautés culturelles: trois civilisations immenses et vivantes, trois cardinal façons de penser, de croire, de manger, de boire, de Vivre .» Historiquement trois axes du monde se sont constitués : d’une part l’Occident et d’autre part les deux Orient, l’Orient islamique et l’Orient orthodoxe ; Rome, Bagdad, Byzance. Pour Braudel la Méditerranée n’est donc pas une forme abstraite de connaissance de l’autre mais bien au contraire une manière charnelle et existentielle de vivre et de mourir.

« La vie matérielle, ce sont des hommes et des choses, des choses et des hommes. Étudier les choses — les nourritures, les logements, les vêtements, le luxe, les outils, les instruments monétaires, les cadres du village ou de la ville —, en somme tout ce dont l’homme se sert, n’est pas la seule façon de prendre la mesure de son existence quotidienne. Le nombre de ceux qui se partagent les richesses de la terre a lui aussi son sens. Et le signe extérieur qui différencie au premier coup d’œil l’univers d’aujourd’hui des humanités d’avant 1800, c’est bien la récente et extraordinaire montée des hommes : ils pullulent. »Civilisation matérielle, économie et capitalisme, XVe-XVIIIe siècle. Tome 1 : Les structures du quotidien

Dans l’étymologie , Méditerranée c’est la mer intérieure , donc elle est un espace carrefour de la Mésopotamie à Carthage, de Byzance à Palerme, de Bagdad à Rome : nous avons un entrelacs de peuples et de croyances, d’affects , de paix et de guerre à la conjonction des brassages mais aussi des antagonismes, des dialogues et des ruptures. Les marchands et les navigateurs de la Civilisation phénicienne (1300 – 146 av. J.C.).Les philosophes et la poésie de la Civilisation grecque (700 av. J. -C -150 av. J. -C . ).Les paysans et le Droit de la Civilisation romaine (509 av. J. -C -475 av. J. -C ).Les architectes et la spiritualité de la Civilisation égyptienne (3000 – 31 avant J.-C.). A cet égard les Humanités, les sciences de l’Homme ont été au cœur de la construction de la civilisation méditerranéenne depuis Rome, Jérusalem, Athènes et Bagdad l’Homme est centre de tout savoir : dans la maison de la sagesse des palais des Omeyyades, les savants du roi Alphonse X le sage, les traducteurs autour de l’empereur Frédéric et les disciples de Maïmonide. Aujourd’hui cet héritage est une étape pour notre projet afin de relier les fils épars des cultures et des civilisations.

Le processus euro-méditerranéen de Barcelone de 1995 puis Barcelone II (2003) l’union méditerranéenne entre 2007 et 2012 ont été des tentative successives de relancer cet espace en terme économique et sécuritaire avec des résultats négatifs : le conflit entre Israël et la Palestine et ce que l’on a appelé les « printemps arabes » en 2011 ont accentué une forme de fermeture entre le Nord et le Sud de la Méditerranées. A cet effet la mondialisation joue un rôle dans la force des logiques centrifuges de compétitions , de fragmentations, de conflits et de développement des processus transnationaux notamment en terme démographique, migratoire ou de terrorisme. Dans un contexte d’échec des coopérations internationales et d’expansion des nationalismes identitaires.

Pour paraphraser Jean Monnet qui se plaignait d’avoir commencé par l’économie plutôt que par la culture pour unifier l’Europe , la Méditerranée (Mare Nostrum) comme centre des civilisations et trop souvent perçue à l’unique aune de la vision économiciste.

D’autres raisons sont nombreuses , absences de vision, décalage entre promesse et réalité de coopération, domination de l’Europe du Nord et de l’Est , l’élément manquant étant la question culturelle. En effet comment aborder la Méditerranée sans aborder l’enjeu des échanges culturels ? La culture repose sur un partage en commun, une coopération artistique, éducative, de formation : en fait retrouver l’idéal des Humanités « L’Homme mesure de toute chose » . Notre vision est de faire de cet héritage un legs, de ce passé un projet et de cette mémoire un perspective.

L’Université Méditerranéenne de la Francophone vise à l’ excellence dans le domaine de la recherche et de l’ enseignement francophone en science humaine. Elle est dotée d’ un conseil scientifique en charge de veiller à l’orientation scientifique de l’université et  des différents laboratoires de recherche ( LAMEO, LAHRA).

La vocation de l’Université méditerranéenne de la francophonie  est de proposer des programmes de recherches interdisciplinaires francophones ainsi que des enseignements sous forme de cours en ligne. L’UMF ambitionne d’être la première université numérique francophone conduite par des chercheurs travaillant autour du bassin méditerranéen.  L’Université fait  de la francophonie et de la pluridisciplinarité des enjeux majeurs de son développement .  La francophonie est un espace de partage d’un héritage culturel, social et philosophique mais aussi un espace de formation de coopération et de connaissance entre les peuples pour le bien commun. L’UMF oeuvre pour la formation des nouvelles générations de la francophonie en développant une mutuelle entente avec les organisations lusophones, hispanophones, etc.Le terme de « discipline »  est un terme utilisé depuis la professionnalisation des sciences à la fin du …

XIXème siècle, il suppose l’émergence de territoires universitaires délimités par des orientations, des régimes de formation et de diplomation des universitaires. Que l’on postule à la « transdisciplinarité » qui induit de mettre en question le paradigme de la discipline, à la pluridisciplinarité qui induit une mise en relation entre diverses disciplines, à l’aune du XXIème siècle, la recherche de suppose mobiliser une approche transversale, c’est-à-dire commune des espaces de connaissances. Dans cette configuration, il s’agit de ne pas proposer un projet vague qui induirait de fusionner des disciplines en sciences humaines et sociales ou de succomber dans une conception naïve d’une intégration des sciences mais au contraire en paraphrasant Jacques Bouineau :« partir spécifiquement d’une discipline » pour ensuite poser l’enjeu de la relation entre les disciplines. Il s’agit de contribuer au développement des espaces universitaires de coopération, et répondre aux aux problèmes et défis de l’enseignement supérieur dans des sociétés confrontés à une mondialisation économique et une unification arbitraire autour du “globish” l’anglais global . Trop souvent l’idéal des Humanités de l’homme complet a été remplacé par un modèle de “consommateur du monde “ A contrario, l’UMF se propose d’être un carrefour en vue de donner aux Humanités une présence pour former, diffuser et encourager des savoirs scientifiques, littéraires, philosophiques en langue francophone. Cette question de la relation suppose d’envisager de mailler les pratiques, les théories et les méthodologies autour d’un axe et d’un programme fort de recherche en sciences humaines, sociales et politiques.

Comment  ?

L’université  est orientée sur deux laboratoires d’étude et d’analyse autour desquels se focalise une approche pluridisciplinaire.que cadre heuristique , intégrant aussi les espaces turcs et iraniens et  mobilisant de manière ouverte les différentes disciplines (anthropologie, sociologie, économie, géographie, histoire, sciences 

 Le premier laboratoire  de recherche et d’étude est orienté vers les aires méditerranéennes en tant politiques, sciences des religions, etc.) sur les enjeux de ces espaces 

 Le second laboratoire  de recherche et d’étude est orienté vers l’histoire de France des époques médiévales et modernes, engageant des programmes de recherche situés à la fois dans une perspective historique et une relation compréhensive entre les différentes disciplines des sciences humaines.

Les laboratoires ont pour vocation de proposer un programme de recherche avec des thèmes précis, des problématiques révisables annuellement après décision des coordinations des différents axes, et validation du conseil.

Intervention de nos chercheurs et partenaire

Entretien avec Jean Louis Fabiani, Président de l’institut Montpensier, Directeur des études à EHESS

PARTENARIATS